Nicolas Sarkozy se défend avec véhémence dans le procès sur sa campagne

„Elle est où la campagne qui s’emballe? Elle est où la campagne en or massif?“ Dans le procès sur sa campagne 2012, l’ex-président français Nicolas Sarkozy s’est défendu mardi avec véhémence d’avoir mené une campagne somptuaire.

L’ancien président s’est présenté pour la première fois mardi au tribunal pour son interrogatoire dans le procès sur les dépenses excessives de sa campagne électorale, débuté il y a trois semaines. Il n’avait assisté à aucune audience depuis le début du procès le 20 mai et se faisait représenter par son avocat historique, Me Thierry Herzog.

„Ce qui intéresse le tribunal“, commence la présidente Caroline Viguier, „c’est comment la campagne a été organisée. J’ai envie de dire: qui, comment, quoi ?“, est-ce qu’il y a eu une „accélération“ par rapport à ce qui était prévu au départ, demande-t-elle. 

„J’ai fait 40 ans de politique, c’est ma vie, les campagnes, je connais“, répond Nicolas Sarkozy. „Je n’ai jamais vu une campagne, petite ou grande, qui n’accélère pas“, martèle-t-il. „J’aimerais qu’on m’explique en quoi j’ai fait plus campagne en 2012 qu’en 2007. C’est faux !“, s’insurge-t-il, en haussant la voix et à renforts de grands gestes, se tournant tour à tour vers le tribunal et les représentants du parquet.

Système de double facturation

Les treize autres prévenus, anciens cadres de Bygmalion – du nom de l’agence événementielle liée à son parti – et de l’UMP (devenu Les Républicains, LR), directeur de campagne, experts comptables, qui ont défilé à la barre, sont soupçonnés d’être impliqués à des degrés divers dans le système de double facturation imaginé pour masquer l’explosion des dépenses autorisées pendant la campagne.

Le prix réel des quelque 40 meetings organisés par Bygmalion avait été drastiquement réduit, et le reste, à savoir 80% des factures, réglé par l’UMP, au nom de conventions fictives du parti.

„Financement illégal de campagne“

Contrairement aux autres prévenus, renvoyés notamment pour escroquerie ou usage de faux, Nicolas Sarkozy n’est pas mis en cause pour ce système, et comparaît pour „financement illégal de campagne“ uniquement. Il encourt un an d’emprisonnement et 3750 euros d’amende.

Début mars, il était devenu le premier ex-président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme: il s’était vu infliger par le tribunal correctionnel de Paris trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d’influence, et avait fait appel.

Dans le dossier Bygmalion, „l’enquête n’a pas établi“ selon l’accusation que Nicolas Sarkozy aurait pu „ordonner“, „participer“, voir même être informé du système.

Mais le président-candidat, loin d’être „déconnecté de sa campagne“, a fait le choix avec son équipe de „meetings spectaculaires et dispendieux“, et demandé d’accélérer le rythme – jusqu’à un meeting par jour. Une campagne „d’une rare densité“, marquée par une „totale improvisation“ des donneurs d’ordre, avait décrit l’accusation.

Il aurait bénéficié de la fraude

L’accusation estime que Nicolas Sarkozy a laissé filer les dépenses, malgré plusieurs alertes sur les risques de dépassement, et ainsi „incontestablement“ bénéficié de la fraude, qui lui a permis de disposer de „moyens bien supérieurs“ à ce qu’autorisait la loi: au moins 42,8 millions d’euros au total, soit près du double du plafond légal à l’époque.

Une thèse à laquelle ne croit pas Nicolas Sarkozy: le prix de ses meetings était „parfaitement en ligne“ avec ceux de son opposant François Hollande, avait-il dit aux enquêteurs.

Le procès est prévu jusqu’au 22 juin.

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