Mais où est donc passé Jack Ma ?

Le milliardaire fondateur d’Alibaba, n’a pas été vu publiquement depuis plusieurs mois…

Depuis trois mois exactement. Il était sur le point d’introduire en bourse Ant Group, la filiale de paiement d’Alibaba. Il s’était permis une critique en règle du système financier chinois, comparant les banques à des prêteurs sur gage. Pékin avait mis le holà et bloqué l’opération deux jours avant l’introduction. Depuis, plus de nouvelles. 

En novembre dernier, il devait participer à une émission de télé qu’il avait lui-même créée et qui désigne les héros africains des affaires. Jack Ma ne s’est jamais présenté. Aucune activité, non plus, sur ses comptes Twitter alors qu’il avait l’habitude de communiquer plusieurs fois par jour. Selon des proches de l’homme d’affaires, Jack Ma n’aurait pas disparu mais aurait opté pour la discrétion. Les autorités chinoises lui auraient demandé de rester en Chine alors qu’elles ouvraient une enquête sur sa holding d’Alibaba.

Il n’est pas le seul entrepreneur dans le collimateur de la justice…

En septembre, Ren Zhiqiang, un magnat de l’immobilier a été condamné à 18 ans de prison, officiellement pour corruption. Il n’avait pas hésité à critiquer la gestion de la crise sanitaire par les autorités affirmant ne pas avoir vu en Xi Jinping « un empereur vêtu de ses habits neufs, mais un clown nu soucieux de vouloir continuer de passer pour un empereur ». Ce fils d’un dirigeant communiste, se croyait intouchable. 

Il a été arrêté deux jours plus tard, et accusé d’avoir détourné des fonds pour assouvir sa passion pour le golf. Le cas de l’ancien patron du conglomérat China Huarong est encore plus dramatique. Il a été condamné à mort le 5 janvier pour corruption et bigamie. Li Huaiqing, un entrepreneur devenu philanthrope, a écopé de 20 ans de prison pour avoir transféré dans un groupe privé WeChat 7 articles critiquant la Chine.  

Sun Dawu, fondateur du groupe agroalimentaire Dawu, a été arrêté en même temps qu’une dizaine des dirigeants de son groupe. Motif ? Une sombre querelle avec une ferme d’Etat. Dans tous les cas, le message aux entrepreneurs milliardaires est très clair : on ne s’oppose pas à l’Etat chinois.

Et c’est un important changement dans la doctrine économique de Pékin…

Clairement, le Premier ministre chinois Xi Jinping prend ses distances avec la doctrine de Deng Xiaoping qui consistait à favoriser les entreprises privées. L’ère du célèbre « enrichissez-vous », est bel et bien révolue. Le gouvernement reprend le contrôle et il veut que son économie soit moins dépendante de l’extérieur. 

Conséquence de ce recentrage pour les grands groupes de la tech chinoise : ils doivent rester avant tout chinois et contribuer au développement de l’économie chinoise. Pour Pékin, la page du capitalisme débridé est tournée et l’heure est à la limitation du pouvoir exorbitant de ces entrepreneurs et de leurs conglomérats. Quitte prendre un peu plus ses distances avec les droits de l’Homme.

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