Les quartiers nord de Marseille sont toujours plus violents

Depuis le début de l’été, Marseille est meurtrie par une succession de règlements de comptes liés au trafic de drogue et déplore 12 morts. Emmanuel Macron devrait s’y rendre la semaine prochaine pour annoncer des mesures et tenter de mettre fin à la violence dans les quartiers nord.

Jeudi il y a 10 jours, un enfant de 14 ans a été assassiné dans une cité. Trois jours plus tard, trois nouveaux homicides ont eu lieu dans les quartiers nord dont celui d’un homme de 27 ans enlevé en pleine rue et brûlé vif dans le coffre d’une voiture.

Sur les 15 meurtres à déplorer depuis le début de l’année, 12 ont eu lieu ces deux derniers mois, a précisé la procureure de Marseille. Cette surenchère de violence a choqué à Marseille et en France. Selon la police, elle est liée à des bandes de trafiquants qui se disputent des territoires.

Des points de deal disputés

Clara Martot, journaliste indépendante à Marseille et spécialiste des thématiques de justice et police, explique qu'“il y a une rivalité centrale entre deux cités qui sont assez proches géographiquement, toutes les deux dans le 14e arrondissement de Marseille (Bassens et la Paternelle)“.

Mais la situation ne peut pas „se résumer à la rivalité entre deux cités“, précise la journaliste. Plusieurs groupes „essayent de s’accaparer les points de deal et quand il y a un mort à déplorer d’un côté, on peut craindre qu’il y ait une réponse de l’autre côté“.

Des cités abandonnées aux mains des trafiquants

Pour Salim Grabsi, membre co-fondateur de l’association „le syndicat des quartiers populaires de Marseille“, „il y a eu une désertion du territoire de la part de la République. On a oublié ces territoires-là, on les a laissés à l’abandon. La preuve: il y a plus de points de deal à Marseille que de relais de Poste dans les quartiers“, explique-t-il au micro de l’émission Tout un monde.

Si vous n’êtes pas d’ici, on va vous demander qui vous êtes et ce que vous faites ici.

Salim Grabsi, membre fondateur de l’association „le syndicat des quartiers populaires de Marseille“

Les policiers et gendarmes auraient recensé près de 150 points de deal dans la cité phocéenne, selon le journal „La Provence“. Salim Grabsi définit ces points comme un „check-point“. „Il y a d’abord des jeunes qui sont à l’entrée des cités avec des chariots d’hypermarché et barrent la route ou il y a des poubelles qui sont en plein milieu du chemin“, décrit-il.

Il rajoute qu’ensuite un contrôle d’identité est effectué „pour savoir qui est qui et qui fait quoi. Si vous n’êtes pas d’ici, on va vous demander qui vous êtes, ce que vous faites ici, on va vous demander d’ouvrir le coffre de votre voiture pour voir ce qu’il y a dedans“.

„Le petit qui a 11-13 ans a l’impression d’appartenir à un groupe“

Quant au rajeunissement des guetteurs dont le rôle est d’alerter les dealers à la moindre voiture suspecte, Salim Grabsi estime que le réseau s’est mis à faire travailler des mineurs depuis 2008-2009 parce qu’ils risquent des peines moins lourdes. Les trafiquants vont jusqu’à recruter des pré-ados pour des petites tâches.

„Celui qui est devant qui deale ou qui guette, il faut bien qu’il mange à un moment. Du coup, il donne de l’argent au petit jeune pour qu’il aille lui chercher un sandwich et il lui dit de s’en prendre un aussi et de se faire plaisir. Alors le petit qui a 11-13 ans a l’impression d’appartenir à un groupe. On lui donne un peu de responsabilité, comme ça, tout doucement“, raconte Salim Grabsi.

Les adolescents sont particulièrement vulnérables notamment parce qu’ils vivent dans un contexte social difficile. Beaucoup grandissent dans des familles monoparentales, „il y a beaucoup de mères courages qui n’ont d’autre choix que de faire de longs trajets pour aller travailler et les transports en commun sont défaillants“, précise Salim Grabsi.

De plus, beaucoup de jeunes guetteurs ne sont pas forcément du quartier, ni même de Marseille. Certains viennent de la région parisienne ou d’autres banlieues. Ils sont recrutés via les réseaux sociaux par les trafiquants.

„C’est comme un job d’été. Les offres d’emplois sont mises sur Snapchat. Le danger est là pour ces jeunes qui n’ont pas les codes, ils ne connaissent pas les us et les coutumes. Comme ils sont esseulés, ce sont des proies faciles“, explique Salim Grabsi.

Une situation qui se détériore

Un article du journal Le Monde décrit des cités complètement sous l’emprise des trafiquants avec des habitants parfois contraints de stocker dans leur appartement de la drogue ou de l’argent.

Face à cette situation qui se détériore, Emmanuel Macron devrait annoncer la semaine prochaine un plan pour Marseille. Mais pour les habitants, il faudra plus qu’un plan.

Le ministre de la Justice, Eric Dupont Moretti, était dans la métropole mardi dernier. Il a annoncé l’arrivée de personnel judiciaire en renfort, 62 postes et 11 magistrats.

Les membres des associations sont toutefois prudents face à des annonces qui sont loin d’être les premières ces dernières années. Hassen Hammou a fondé en 2016 le collectif „Trop jeune pour mourir“, il est dubitatif: „Les réactions sont toujours les bienvenues, on les accueille à chaque fois avec beaucoup d’attention. La vérité c’est qu’on est à quelques mois d’une élection présidentielle et tout ça s’inscrit aussi dans ce contexte-là“, explique-t-il.

„On est beaucoup à être pessimistes. C’est-à-dire que quand on met en place un calendrier d’arrivée de renforts, on sait très bien que ce calendrier s’inscrit dans une alternance politique, alors on peut se retrouver dans la même situation d’ici 3-4 ans. Le collectif a été créé en 2016 et je peux dire que ça n’a pas changé depuis“, continue-t-il.

Entre les problèmes de logement et les écoles en mauvais état, le 14e arrondissement de Marseille a un taux de pauvreté qui dépasse les 40%. Les inégalités sont également parmi les plus fortes de France.

Leave a Reply

%d bloggers like this: