La Ligue 1 sur Téléfoot, stop ou encore?

La chaîne de Mediapro indique qu’elle pourrait diffuser des matchs jusqu’à la fin de la saison.

Quelque chose, dans le football tricolore, ne tourne franchement plus rond. Mediapro, le principal diffuseur de la ligue 1, qui est pourtant sur le point de déserter le marché français, pourrait finalement jouer les prolongations. Le groupe sino-espagnol a envoyé un courrier ce week-end à la Ligue de football professionnel (LFP) pour lui proposer officiellement de poursuivre la diffusion des rencontres du championnat de France «au moins jusqu’à la fin de la saison». Il s’agirait de «laisser à la Ligue le temps de trouver un accord avec un autre diffuseur».

Un comble? Assurément. Après avoir promis un montant record de 830 millions d’euros par an pour 80% de la Ligue 1 et de la Ligue 2, Mediapro n’a pas payé le foot français cet automne. Pour le moment sa chaîne Téléfoot diffuse toujours ses huit matchs de Ligue 1 et de Ligue 2 par journée, en vertu d’une disposition transitoire, signée en décembre entre la LFP et Mediapro. Mais elle expire le 31 janvier.

Après? C’est l’un des nombreux casse-tête auxquels est confrontée la Ligue. En attendant une réattribution des droits TV, l’instance doit à tout prix éviter l’«écran noir». Cette hypothèse serait potentiellement catastrophique pour les clubs, déjà privés des recettes de billetterie par le huis clos sanitaire et très dépendants des recettes sponsoring… liés à la visibilité des matchs à la télévision.

500 000 abonnés à Téléfoot

Malgré son fiasco, Mediapro considère qu’il est le mieux placé pour assurer l’intérim. Selon une source proche du dossier, sa chaîne Téléfoot compterait encore quelque 500 000 abonnés. D’après d’autres sources, à eux trois, Bouygues Telecom, Orange et Free en totaliseraient entre 120 000 et 150 000. De son côté, SFR en compterait aux alentours de 250 000. Les souscriptions restantes étant réalisées en direct depuis la plateforme Téléfoot. Selon un opérateur télécoms, les abonnements à Téléfoot seraient «stables, en légère baisse», malgré toute la polémique autour des droits TV du foot français.

4 à 6 millions d’euros par mois

Mediapro propose à la Ligue de lui reverser tous les revenus qu’elle perçoit, déduction faite des coûts de production et de fonctionnement de Téléfoot. Maintenant que la chaîne ne paye plus pour les droits TV de ses matchs, elle encaisse de l’argent. Logique. Dans les grandes masses, le coût opérationnel de Téléfoot s’élève à un peu moins de 5 millions d’euros par mois. En prenant comme hypothèse de calcul un abonnement mensuel moyen de 20 euros (hors TVA) et une fois retirée la part qui revient aux opérateurs télécoms, le principal diffuseur de la Ligue 1 engrangerait autour de 4 à 6 millions d’euros chaque mois qui pourraient atterrir dans les caisses de la Ligue.

Une aumône, loin, très loin du milliard que la Ligue avait théoriquement décroché… Cette proposition pourrait néanmoins garantir une continuité dans la diffusion des matchs, en attendant qu’un nouveau diffuseur soit trouvé. «La ligue peut être tentée de faire simple en continuant avec Mediapro. D’autant que pour le moment, les contrats avec les opérateurs n’ont pas encore été résiliés», estime un bon connaisseur du dossier. À moins… qu’elle n’accepte les propositions d’autres chaînes, qui ont fait part de leur intérêt: Canal+, via un processus de «pay per view» (paiement à l’acte), mais aussi M6, TF1 ainsi que France Télévisions.

Pour Mediapro, continuer à retransmettre le championnat peut permettre d’assurer à court terme la pérennité de Téléfoot. Dans le cas contraire, l’hypothèse d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a été étudiée. Pour la Ligue, la solution Mediapro s’apparenterait à du pragmatisme. La base d’abonnés est là et l’outil de production aussi. Mais cette solution aurait un goût amer. Elle revient à dire que le ballon tricolore accepte de serrer la main du type qui l’a poignardée. «Ce serait une terrible marque de faiblesse de la part de la Ligue, considère un acteur des médias. Quatre ou six millions à se partager à 20 clubs? Avec ça, vous payez le salaire d’un attaquant, tout au plus. Valider cette option, c’est démontrer à quel point la situation du foot français est désespérée».

La LFP ne s’est pas encore déterminée sur le sujet. Une certitude. Pour les clubs, déjà dans le rouge, seule la réussite du futur appel d’offres permettra d’éclaircir l’horizon.

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