La chanteuse Liraz trouve sa voix entre l’Iran et Israël

Le festival Les Georges à Fribourg, qui a débuté le 12 juillet et s’achève ce samedi, a notamment accueilli Liraz Charhi, une artiste au parcours insolite. Chanteuse et comédienne, elle a la double identité israélienne et iranienne. Rencontre.

Vous la connaissez peut-être pour son rôle d’agente du Mossad dans la série „Téhéran“. Son personnage se demande si elle est israélienne, iranienne ou les deux. Cette question est d’ailleurs au cœur de l’existence de Liraz Charhi. Fille de juifs iraniens qui ont quitté la Perse juste avant la révolution islamique, elle explore ses multiples identités dans son art, que ce soit au cinéma ou dans la chanson. Elle vient de sortir „Zan“, un album enregistré secrètement en farsi avec des musiciens iraniens.

Mais Liraz Charhi, 43 ans, a commencé sa carrière musicale en chantant en hébreu avant de changer de langue et de mêler psychédélisme pop et sonorités persanes.

Les grandes chanteuses iraniennes des années 1970 comme modèles

Liraz Charhi explique le basculement de l’hébreu au farsi. „Le moment clé a été lorsque je suis partie tourner un film à Los Angeles. J’ai découvert alors qu’on appelait aussi une partie de cette ville Tehrangeles, à cause des centaines de milliers d’Iraniens qui y vivent. C’était la première fois que je pouvais réellement rencontrer des Iraniens et non des juifs iraniens. J’ai commencé alors à collectionner de la musique iranienne. Et quand je chantais ces chansons, cela résonnait en moi: je chantais le farsi de manière fluide, j’avais l’impression que j’ouvrais mon âme lorsque le farsi sortait de ma bouche. C’était pour moi un point de non-retour.“

L’artiste découvre alors les grandes chanteuses iraniennes des années 1970 qui, depuis, lui ont servi de modèles: Googoosh, Haydeh ou Homeyra. Ces femmes fortes et libres ont été forcées de se taire ou de quitter leur patrie pour continuer à chanter la liberté et l’amour. Leur passion inspire la chanteuse israélienne, tout comme les sonorités pop psychédéliques des années 1960 et 1970 qui ont valu à ces divas un immense succès populaire.

Chanter en farsi, c’était exprimer ma nouvelle identité

Liraz Charhi

Liraz Charhi intègre ces influences musicales dans son nouveau répertoire et se produit devant des assistances souvent médusées. „Le public israélien était choqué lorsque j’ai commencé à chanter en farsi. Les gens ont pensé que j’avais perdu la tête, mes parents aussi étaient du même avis. Pour eux: j’avais une carrière en route, tout allait pour le mieux et je choisissais soudain une niche artistique. Quand j’ai entendu le mot niche, j’ai senti que j’avais bien plus de connexions avec un art loin du mainstream. Chanter en farsi, c’était exprimer ma nouvelle identité. J’ai dit à mes parents et à mes managers que si les gens m’aimaient, ils allaient m’aimer peu importe la langue que j’utilisais.“

Depuis, Liraz Charhi a enregistré deux albums en farsi. Le premier, „Naz“, est sorti en 2018. Elle avait alors réuni des musiciens israéliens, mais aussi iraniens exilés. L’album a connu un succès surprise en Iran, d’où des fans lui envoient des messages d’encouragement sur les réseaux sociaux. Elle reçoit notamment d’un DJ perse une vidéo d’une fête underground où des femmes dansent fièrement sur sa musique.

Un album enregistré dans la crainte entre Tel-Aviv et Téhéran

Le lien tissé avec ce nouveau public l’incite à aller plus loin encore. Elle décide alors de réaliser son prochain album avec des musiciens basés en Iran. „On a installé un studio à Téhéran, un autre à Tel-Aviv. On correspondait via Skype, Instagram ou Telegram. Parfois la connexion était mauvaise, d’autres fois les musiciens disparaissaient du projet parce qu’ils avaient peur, ils détruisaient leur profil ou le changeaient. Certains retiraient leurs compositions. Je ne sais pas combien de fois je me suis demandé ‘Mais pourquoi fais-tu cela? C’est trop risqué.'“

„J’ai peur pour leurs vies, pour la mienne, lorsque je reçois des téléphones anonymes d’Iran qui me demandent d’arrêter mon projet. Je ne le voulais pas bien sûr, parce que je ne faisais que de la musique. Il n’y a rien de mal à cela. Je ne blesse personne. Je crée un album avec beaucoup d’amour. En fait, je suis si contente d’avoir réalisé ce projet. Je reçois tellement de réactions positives, des messages pleins d’amour envoyés de partout dans le monde. J’espère seulement pouvoir rencontrer un jour les artistes avec lesquels j’ai travaillé sur ‘Zan'“.

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