Congrès de la CDU: trois hommes et un bulletin

Le 33e congrès des chrétiens-démocrates est attendu avec suspense. Difficile de dire lequel des trois candidats fera la course en tête. Au-delà de la présidence du parti, c’est la course à la chancellerie qui est en jeu avant le départ d’Angela Merkel du pouvoir à l’automne 2021.

Trois petits bonhommes tentent de prendre d’assaut des mocassins géants. La caricature du Tages Spiegel illustre l’enjeu que représente pour les prétendants la présidence de la CDU : succéder peut-être à l’automne, après seize ans de règne, à Angela Merkel.

La chancelière a déjà quitté la direction du parti fin 2018. Affaiblie après des défaites de la CDU à des élections régionales et les tensions persistantes avec le parti frère, la CSU bavaroise, sur la politique migratoire, Angela Merkel avait décidé d’abandonner, après 18 ans, la direction de l’Union chrétienne-démocrate et annoncé qu’elle ne se représenterait pas pour un cinquième mandat lors des élections générales de l’automne 2021.

Trois candidats en rupture avec Angela Merkel

La dauphine de la chancelière, Annegret Kramp-Karrenbauer, déjà secrétaire générale de la CDU, a été élue à la tête du parti en décembre 2018. À l’époque, il paraît clair qu’AKK, comme on l’appelle, mènerait la campagne de son parti pour les élections générales de cette année avec de solides chances de devenir chancelière. Mais l’histoire en a voulu autrement. AKK a été élue de justesse face au conservateur Friedrich Merz.

À son crédit figure l’organisation de nombreuses discussions au sein d’un parti qui en manquait. La politique migratoire d’Angela Merkel avec l’accueil de nombreux réfugiés avait notamment suscité des critiques internes. Les tensions persistantes avec le parti frère bavarois CSU ont disparu. Mais Annegret Kramp-Karrenbauer a commis des erreurs, manquait de soutiens au sein du parti et a eu des difficultés à s’imposer face à une chancelière qui restait omniprésente.

En février 2020, l’héritière attendue d’Angela Merkel annonce qu’elle ne briguera pas la chancellerie et démissionne de la direction du parti. L’élection en Thuringe d’un président de région avec les voix de son parti et du mouvement d’extrême-droite AfD a provoqué, juste avant, une crise majeure. AKK n’a pas réussi à soumettre ses troupes sur place. Son autorité s’en retrouvait un peu plus égratignée.

Je sais que beaucoup d’entre vous qui m’ont soutenu avaient placé leurs espoirs dans ma personne et ont été déçu par mes erreurs…

Un échec dans la dignité et un départ plein d’émotion pour Annegret Kramp-Karrenbauer

Pascal ThibautRapidement, la course à la succession s’est ouverte et trois prétendants sont sortis du bois. Mais le congrès prévu dès avril a dû être repoussé plusieurs fois à cause de la pandémie de Covid-19. Il se tient donc ce week-end et pour la première fois sur internet. Les 1 001 délégués suivront les discours des impétrants devant leur ordinateur et voteront en ligne.

Comme l’écrit ce vendredi 15 janvier à sa Une le quotidien Süddeutsche Zeitung « ça sera un homme ». Un pronostic sans risques puisqu’aucune femme n’est candidate. Les trois candidats en lice sont tous issus de la région de Rhénanie du Nord Westphalie, catholiques et pères de trois enfants. Là aussi une rupture avec Angela Merkel, la fille de pasteur protestant qui a grandi dans l’ex-RDA.

Friedrich Merz, le plus éloigné de Merkel

Friedrich Merz est le candidat qui constituerait le contraste le plus radical avec la chancelière. Il a été écarté par celle qui était à l’époque la nouvelle présidente du parti et qui l’a remplacé en 2002 à la tête du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag. Friedrich Merz avait quitté la vie politique en 2009 pour se reconvertir dans les affaires. Au congrès du parti de 2018, il avait été candidat contre Annegret Kramp-Karrenbauer, avec également la volonté d’incarner une rupture avec l’héritage Merkel. Au deuxième tour, il avait obtenu 48,25% des voix. Fort de ce succès, il a donc sans surprise annoncé sa candidature après la démission d’AKK il y a près d’un an.

Friedrich Merz incarne une CDU plus conservatrice sur les questions de société, l’immigration ou la sécurité et plus libérale sur les dossiers économiques. Il bénéficie d’un soutien certain au sein du parti mais il a commis des erreurs ces derniers mois. Stratégiquement, il permettrait par son positionnement plus à droite d’accroître plus qu’aujourd’hui les différences idéologiques droite/gauche. Cela peut redonner du sel à la vie politique allemande très consensuelle, surtout au moment où une grande coalition dirige le pays.

Mais le rejet dont fait preuve Friedrich Merz peut nuire à la CDU lors des élections en lui faisant perdre des électeurs au centre qui pourraient être tentés par les Verts ou le parti libéral. Cela explique sans doute que le candidat a, ces derniers temps, vanté les mérites d’Angela Merkel pour ne pas être trop perçu comme celui qui remet son héritage en cause à l’heure où la chancelière bénéficie d’une popularité hors du commun.

Armin Laschet, la continuité

Le second candidat, Armin Laschet, est lui synonyme de continuité. Le ministre-président de la Rhénanie du Nord Westphalie, la plus grande région d’Allemagne, est un soutien de toujours de la chancelière qu’il a appuyé même lorsqu’elle était en difficulté notamment en raison de sa politique migratoire. Armin Laschet, aujourd’hui vice-président de la CDU, poursuivrait le cours au centre d’Angela Merkel. Il a, très jeune, pris langue avec les Verts lorsqu’ils étaient encore mal vus et gouverne aujourd’hui dans sa région avec les libéraux. Cette flexibilité et son sens du consensus sont aussi des atouts. Mais cette connotation « merkelienne » peut aussi lui nuire s’il est trop perçu comme un clone de la tenante du titre.

Pour contrecarrer cette image, Armin Laschet décidé de faire équipe avec le ministre de la Santé Jens Spahn. Ce dernier, plus jeune de vingt ans, a dans le passé souvent critiqué Angela Merkel notamment sur les dossiers migratoires. Cette alliance avec un homme devenu très populaire depuis la pandémie de Covid-19 et auquel on promet un avenir politique brillant a donné au départ un bonus à Armin Laschet. Mais les critiques contre la manière trop erratique avec laquelle il aurait géré la pandémie lui ont nui. Sa popularité reste décevante tant au sein du parti que parmi les Allemands. Les délégués du congrès y songeront sans doute comme plus tard, lorsqu’un candidat à la chancellerie devra être choisi.

Norbert Röttgen, l’invité surprise

Le troisième candidat, Norbert Röttgen, a surpris par sa candidature l’an dernier. Le président de la commission des Affaires étrangères au Bundestag est reconnu pour ses compétences dans son domaine mais n’a pas de mandat autre que celui de député et n’est pas un apparatchik de la CDU avec des troupes derrière lui. Norbert Röttgen était une figure montante du parti il y a une dizaine d’années, une tête brillante auquel un avenir politique prometteur était assuré. Il a été ministre de l’Environnement d’Angela Merkel de 2009 à 2012. Mais sa candidature malheureuse en Rhénanie du Nord Westphalie et sa gestion maladroite des conséquences de sa défaite lui ont nui. La chancelière l’a remercié. Il fait partie, comme Friedrich Merz, de ces responsables mis sur la touche par Angela Merkel.

Mais Norbert Röttgen n’a pas pour autant une étiquette de revanchard. Et à l’inverse de Friedrich Merz, il s’est forgé ces derniers mois une image de modernisateur soutenant une CDU plus en phase avec la société. L’outsider a perdu cette étiquette et pourrait bénéficier du soutien de délégués critiques de l’héritage Merkel mais que le style abrupt d’un Friedrich Merz rebute. Autre atout de Norbert Röttgen : contrairement à ses concurrents, sa soif de pouvoir est limitée. On ne lui prêtait pas avant le congrès d’ambition pour être candidat à la chancellerie. Certains pourraient être tentés de le choisir pour gagner du temps.

La question K

Car la question K – pour Kanzler ou chancelier – est dans toutes les têtes à huit mois des élections générales. Celui qui emmènera les troupes chrétiennes-démocrates au combat a toutes les chances de devenir le successeur d’Angela Merkel. La tradition veut que cette décision soit prise en commun par les deux partis conservateurs. La CDU a toujours la main dans un premier temps et la tradition veut que le président ou la présidente soit désigné/e.

Mais cette année, tout paraît possible. Pour la première fois, un chef de gouvernement – Angela Merkel – se retire volontairement. Comme pour la désignation du nouveau président de la CDU, aucun des trois prétendants ne s’impose d’emblée comme candidat à la chancellerie. Si le nouveau patron du parti gagne d’un cheveu, si son autorité reste fragile et ses résultats dans les sondages médiocres, si deux élections régionales importantes à la mi-mars tournent mal pour la CDU, d’autres pourraient tirer leur épingle du jeu.

Le populaire ministre de la Santé Jens Spahn, 40 ans, pourrait saisir sa chance. Mais le joker le plus en vue reste le chef de la CSU bavaroise Markus Söder. Depuis des mois, les sondages montrent qu’il est perçu comme le meilleur candidat conservateur à la chancellerie parmi les sympathisants de la droite allemande comme au sein de la population. S’il devait être choisi, cela serait la troisième fois depuis 1949 qu’un chrétien-social bavarois porterait les couleurs de la droite allemande. Les deux précédents se sont achevés par une défaite.

rfi

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