Vol MH370 : „Le plus probable est qu’il soit tombé en mer de Chine pour des raisons militaires“

Sept ans après la disparition du vol MH370, les familles des victimes ne désespèrent pas de connaître un jour la vérité sur cette affaire.

239 personnes se trouvaient à bord du Boeing de la Malaysia Airlines qui devait relier Kuala Lumpur à Pékin, mais qui a rapidement coupé ses communications et disparu des écrans radars. L’enquête a officielle conclu à un crash dans l’océan Indien, sans toutefois parvenir à en déterminer les causes. Parmi les hypothèses avancées : l’incident technique ou le détournement.

L’avion transportait essentiellement des ressortissants chinois et malaisiens, mais aussi quatre Français. Ghyslain Wattrelos a perdu sa femme et deux de ses enfants dans l’avion. Depuis le début, il pointe les incohérences de l’enquête et l’absence de preuves. Il est persuadé que la vérité est cachée aux familles et s’est forgé sa propre conviction sur le lieu et les causes du crash du MH370 :

Julien Pavy, euronews : Où en est l’enquête en France, la seule en cours actuellement car les autres pays ont abandonné ?

Ghyslain Wattrelos : Les enquêteurs français font un travail remarquable, en profondeur. Le problème, c’est qu’ils doivent aller chercher des documents qui ne sont pas en France, mais en Malaisie, en Angleterre, en Australie. Et malheureusement, ils ont beaucoup de problèmes de coopération (…) Les États-Unis ne coopèrent pas depuis le début. Il faut savoir que le FBI est sur place à Kuala Lumpur dès le lendemain de la disparition du vol. Il faut m’expliquer pourquoi le FBI mène l’enquête si tôt avec les Malaisiens. C’est le FBI qui se rend chez le pilote, qui prend son simulateur de vol. Sachez que le FBI n’a jamais versé aucun rapport dans l’enquête officielle. Cela fait trois ans que la France négocie avec l’ambassade des États-Unis en France pour voir le FBI, pour savoir ce qu’ils ont fait du simulateur de vol et ce qu’ils ont vu. Cela fait six ans que l’ambassade des États-Unis mène les enquêteurs français en bateau. Or, s’il n’y a pas de coopération des États-Unis, on n’avance pas.

Les États-Unis ne coopèrent pas depuis le début. Il faut savoir que le FBI est sur place à Kuala Lumpur dès le lendemain de la disparition du vol. Il faut m’expliquer pourquoi le FBI mène l’enquête si tôt avec les Malaisiens.

Julien Pavy, euronews : Avez-vous obtenu les preuves des données radars et satellites ?

Ghyslain Wattrelos : Toutes les données originales qui disent que cet avion a fait demi-tour puis est allé jusqu’au fin fond de l’océan Indien, nous ne les avons jamais obtenues. On n’a jamais eu la preuve des données radars malaisiennes et celles du satellite britannique Inmarsat. On n’a eu que des transcriptions et on sait très bien qu’il ne s’agit que d’une partie des données. On n’a jamais eu les preuves, pourquoi ? Par ailleurs, si l’ avion avait fait le trajet qui est décrit par l’enquête officielle, d’autres pays auraient des données : le Vietnam, la Thaïlande, la Birmanie, l’Indonésie, Singapour, l’Inde et l’Australie. Tous ces pays couvrent une partie du trajet présumé de l’avion. Ils devraient donc avoir des données, mais ils disent ne rien avoir, sans compter la Chine et les États-Unis qui surveillent cette région comme le lait sur le feu. Eux aussi devraient avoir des données. C’est donc tout de même extrêmement bizarre que tous ces gens-là disent ne rien avoir vu ou ne donnent pas leurs données. Je ne peux pas croire que tous ces pays-là se mettent d’accord pour dire : on ne donne pas nos données. Il y a quelque chose qui ne va pas. Et la conclusion, c’est que l’avion n’a pas fait ce trajet du tout.

Toutes les données originales qui disent que cet avion a fait demi-tour puis est allé jusqu’au fin fond de l’océan Indien, nous ne les avons jamais obtenues.

Julien Pavy, euronews : Avez-vous la conviction que l’on vous cache quelque chose ?

Ghyslain Wattrelos : J’en ai la conviction dès la première semaine puisque les recherches sont d’abord conduites en mer de Chine puis, au bout d’une semaine, on nous dit que l’avion a fait demi-tour et qu’on l’a vu dans la nuit à des milliers de kilomètres de là. Donc oui, on se dit qu’on nous cache quelque chose, qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Tant que c’est les Malaisiens, on se dit qu’ils sont incompétents, désorganisés, qu’ils n’ont pas l’habitude… Mais au bout d’un mois, c’est l’Australie qui prend le leadership de l’enquête, or les Australiens disent autant de bêtises que les Malaisiens, et sans arrêt. Il faut savoir le nombre d’âneries que le Premier ministre australien a pu dire sur cette affaire.

Si l’avion avait fait le trajet qui est décrit par l’enquête officielle, d’autres pays auraient des données : le Vietnam, la Thaïlande, la Birmanie, l’Indonésie, Singapour, l’Inde et l’Australie (…) Ils disent ne rien avoir.

Julien Pavy, euronews : Où pourrait se trouver l’avion, selon vous ?

Ghyslain Wattrelos : Le plus probable selon moi, c’est qu’il soit tombé en mer de Chine car je ne crois pas que tant de pays se soient mis d’accord pour dire qu’ils n’ont pas vu l’avion. Ce sont des pays qui ne s’entendent pas forcément entre eux. Le plus probable, c’est que l’avion soit tombé près de l’endroit où on l’a perdu pour des raisons militaires, vraisemblablement. Il y a deux raisons possibles selon moi : il y avait quelqu’un, quelque chose dans l’avion qui ne devait pas arriver à Pékin et il a fallu abattre l’appareil. Deuxième raison, il y avait à ce moment-là dans la zone d’importantes manœuvres militaires incluant énormément de pays, des pays d’Asie, les États-Unis… Beaucoup d’avions militaires circulaient à ce moment. Et à l’époque, quand on a regardé les données sur Flightradar – données qui ont été effacées depuis, pourquoi je ne sais pas – on voit très bien que quand le MH370 circulait, il y avait des avions tout autour qui allaient très vite. C’est peut-être aussi une manœuvre militaire qui a mal tourné, par exemple un avion militaire qui a percuté un avion civil. C’est peu probable, mais c’est possible. En tous cas, il est évident que les Américains sont impliqués, qu’ils savent ce qui s’est passé parce qu’ils ont des AWACS sur zone qui surveillent parfaitement la région et ces avions voient tout. C’est peut-être aussi pour cela que le FBI est sur place le lendemain.

Il y avait à ce moment-là dans la zone d’importantes manœuvres militaires incluant énormément de pays, des pays d’Asie, les États-Unis.

Julien Pavy, euronews : Avez-vous réussi à vous reconstruire psychologiquement sept ans après ?

Ghyslain Wattrelos : Ça prend du temps parce que pendant au moins deux ans, on a toujours espoir qu’ils reviennent. Pendant presque deux ans, on a aucune preuve de crash, aucun débris, rien. Sur Internet, des tas de dingues disaient qu’ils étaient prisonniers au Pakistan, en Birmanie etc. Vous ne vous reconstruisez pas tant que vous n’êtes pas sûrs qu’ils aient vraiment disparu. Mais au bout d’un certain temps, vous vous dites : ‘on me dit depuis le début qu’ils sont morts, que l’avion est tombé dans l’eau, cela doit être vrai. Dans la mesure où on me dit qu’ils sont décédés, c’est qu’ils sont effectivement décédés.’ Vous commencez à vous dire : ‘je ne reviens plus en arrière, c’est passé, je ne les reverrai plus. Ça commence par là. Et la vie reprend aussi parce qu’il me restait un enfant, un fils et que je n’avais pas le droit de craquer, de dériver, il fallait que je lui montre à tous prix que la vie pouvait être belle et que la vie repartait, je devais donc être l’exemple pour qu’il puisse le suivre. Petit à petit, j’ai donc reconstruit ma vie, personnelle et professionnelle, parce que j’avais tout lâché. Et aujourd’hui, je pense mener une vie un peu comme tout le monde, je travaille, j’ai une relation personnelle.

Vous ne vous reconstruisez pas tant que vous n’êtes pas sûrs qu’ils aient vraiment disparu.

Julien Pavy, euronews : Vous n’allez jamais abandonné votre quête de vérité ?

Ghyslain Wattrelos : Il y a toujours ce combat qui n’est pas terminé, cette quête de vérité. Je suis persuadé qu’on nous ment, je suis persuadé que des tas de gens savent jusqu’au gouvernement français. Il va falloir toujours aller chercher la vérité et j’espère qu’on la saura un jour. Je pense qu’avec le livre de Florence de Changy („La disparition“), on s’y approche de plus en plus. Peut-être que des gens vont pouvoir parler. Le combat n’est pas terminé mais cela ne m’empêche pas de vivre normalement.

Je suis persuadé qu’on nous ment. Je suis persuadé que des tas de gens savent.

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