Vers la démocratisation du bio à Madagascar?

Quelques 70 000 producteurs ont intégré la filière biologique, quand ils étaient à peine 4 000 en 2009. Le secteur de l’agriculture bio est donc en pleine expansion, mais la production est essentiellement destinée à l’export. La population locale consommant encore peu ce genre de produits pour des raisons de coûts trop élevés. Pour faciliter le développement du secteur, le pays s’est doté en juillet 2020 d’une loi sur l’agriculture biologique et d’une stratégie nationale quasi-uniques en leur genre sur le continent.

Face au boom du bio à l’international, la Grande Île a sauté le pas en décidant d’encadrer le secteur, de la production agricole, à la commercialisation, en passant par la transformation des produits. Avec, comme objectifs, le développement du bio destiné au marché domestique au même titre que celui destiné à l’export.

Une certification par les pairs

Haintsoa Rakotomainty, responsable de l’agriculture biologique au ministère de l’Agriculture, a participé à l’élaboration des textes. Elle explique quelles dispositions particulières devraient permettre de démocratiser l’accès au bio, pour les petits producteurs comme pour la population.

« Nous à Madagascar, nous avons fait le choix de reconnaitre dans la loi et dans la stratégie nationale de l’agriculture bio une alternative à la certification dite „par tierce partie“ (certification réalisée par une société externe ndlr), utilisée essentiellement pour les produits destinés à l’exportation. »

Cette alternative, c’est le Système participatif de garantie, le SPG. Sa spécificité : les contrôles de conformité des produits aux normes bio ne se font pas par un certificateur externe, mais par des acteurs locaux qui incluent à la fois les producteurs, les consommateurs et les transformateurs.

« La certification par les pairs permet aux paysans de valoriser leur production, leurs produits bio et ainsi accéder à une certification à moindre coût et plus facile en termes de procédures. C’est aussi pour faciliter l’accès à des consommateurs malgaches à des produits plus sains et de meilleure qualité. »

La loi malgache sur l’agriculture biologique reconnait donc de manière égale ces deux types certifications bio décernées par les SPG comme par les certificateurs tiers.

Une loi saluée par la filière bio

Pour Hasina Ralay, fondatrice de Lycheeland, société spécialisée dans le séchage de fruits bio qui réalise 90 % de ses ventes à l’international, cette loi devrait avoir un impact très positif sur la filière.

« Ça va professionnaliser tous les acteurs de la filière. Il y a des gens qui utilisent l’appellation bio partout sans vraiment savoir qu’il y a des règlementations et des tas de choses qu’il faut suivre. Donc ça va permettre de faire du ménage parmi toutes les personnes qui prétendent faire du bio. »

Les experts estiment qu’il faudra une dizaine d’années pour qu’une filière locale bio émerge véritablement sur la Grande Île. Les fondations sont néanmoins posées. Ne manque désormais plus qu’un décret pris en Conseil de gouvernement pour que cette loi et ses organismes soient effectifs.

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