Pourquoi le Rassemblement national cherche des alternatives à Twitter

À l’aube des campagnes régionales et départementale d’abord, présidentielle ensuite, la question agite le RN, qui a beaucoup utilisé le réseau social lors des campagnes précédentes. En cause, la crainte de voir un jour le compte de Marine Le Pen suspendu : plusieurs précédents inquiètent dans son parti.

Twitter pourrait il un jour suspendre de manière permanente le compte de Marine Le Pen, comme le réseau social l’a fait avec Donald Trump ? Depuis la décision radicale du réseau social (que son patron lui-même estime être „un échec“ de son réseau à „promouvoir une conversation saine“), le Rassemblement national se voit comme une prochaine cible possible.

L’exemple de Donald Trump peut paraître lointain et très particulier, mais les cadres du RN ont aussi en tête une autre suspension, temporaire cette fois : celle de la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard, l’une de leurs alliés idéologiques.

Quinze mois de suspension pour un tweet

À deux reprises ces derniers mois, elle a en effet eu la désagréable surprise de voir son compte Twitter suspendu. La première fois en 2019, pour un tweet virulent sur Greta Thunberg (elle y écrivait : „Dommage que la fessée soit interdite, elle en mériterait une bonne“), qu’elle refuse de supprimer. „J’ai dit : non, je ne veux pas retirer mon tweet“, explique la députée. „C’est ma liberté d’expression, c’est de l’humour, c’est du second degré. Vous ne le comprenez pas, certes, mais ce n’est certainement pas du harcèlement, et encore moins de l’incitation à la violence. Ils ont bloqué mon compte, et ça a duré quinze mois !“

Emmanuelle Ménard a de nouveau été suspendue quelques heures en novembre dernier, cette fois pour „conduite haineuse“, après avoir assuré dans un tweet que le terroriste à l’origine de l’attaque de Nice était „encore un migrant“.

Même si le fonctionnement de Twitter pour décider des suspensions est souvent très opaque, dans ces deux cas, il semble que le réseau ait réagi de manière automatique, suite à un torrent de „signalements“ des tweets en question par d’autres utilisateurs. Il s’agit donc sans doute plutôt d’un excès de zèle de l’algorithme de modération de Twitter (alerté par la quantité inhabituelle de signalements) que d’une décision volontaire du réseau social, comme ce fut le cas pour Donald Trump.

Rendre illégales les suspensions… ou aller voir ailleurs

Reste que pour Emmanuelle Ménard, Marine Le Pen et même l’ensemble de l’opposition ne sont pas à l’abri de subir le même sort. „C’est arrivé à Donald Trump ! Pourquoi ça n’arriverait pas à l’un d’entre nous ?“

Le RN et ses proches cherchent donc une parade. Pendant qu’Emmanuelle Ménard torpille, à l’Assemblée, les restes de la loi Avia sur la haine en ligne, qui pousserait selon elle les réseaux sociaux à la censure, le RN lui planche sur plusieurs pistes. Notamment l’idée d’un texte de loi, inspiré du gouvernement ultraconservateur polonais, qui veut rendre illégale toute suspension de compte qui ne se justifierait pas au plan juridique.

Les proches de Marine le Pen prévoient aussi de contrer ce qu’ils considèrent comme de la censure, tout simplement en démultipliant les réseaux utilisés. La présidente du RN pourrait notamment se lancer sur TikTok, l’application chinoise très prisée des jeunes.

Aux États-Unis, la suspension de Donald Trump avait poussé de nombreux partisans de l’ancien président à quitter le réseau social pour aller trouver refuge sur d’autres plateformes plus discrètes et moins contraignantes.

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