Mediapart, machine à cash

Le média en ligne annonce des chiffres records : 4 millions d’euros de profits et 218 000 abonnés. La succession d’Edwy Plenel n’est pas encore décidée.

Peu de médias français peuvent se targuer de réaliser des bénéfices après la lame de fond du Covid-19. Même Le Canard enchaîné, traditionnellement rentable, a accusé l’année dernière les premières pertes de son histoire en raison de la déconfiture du distributeur Presstalis. Le journal en ligne Mediapart fait partie des rares élus. Au fil de ses treize ans d’existence, son modèle basé sur l’abonnement payant s’est transformé en véritable machine à cash. Pour preuve : l’année dernière, le résultat après impôts et participation versée aux salariés du média en ligne a bondi de 72 % en 2020, à 4 millions d’euros, contre 2,3 millions l’année précédente. Cela représente 20 % de son chiffre d’affaires, qui atteint désormais 20 millions d’euros (+ 22 %).

À ses débuts, il est vrai, le site fondé par Edwy Plenel avait filouté avec les règles de la fiscalité au nom d’un « principe pour l’égalité entre presse imprimée et presse numérique » : il s’était auto-appliqué de 2008 à 2014 un taux de TVA réduit réservé à la presse papier de 2,1 %, contre 19,6 % (puis 20 %). Il avait dû affronter un redressement fiscal. En novembre dernier, un arrêt de la cour administrative d’appel de Paris l’a condamné à verser 1,4 million d’euros de pénalité en évoquant « le caractère délibéré des manquements commis », en plus du redressement fiscal (3,3 millions d’euros).

En pleine crise sanitaire, le modèle économique du média en ligne fonctionne notamment, car, comme Le Canard enchaîné, il n’a pas de publicité, donc ne subit aucune chute des recettes publicitaires. La quasi-totalité de son chiffre d’affaires (98 %) provient de ses abonnés, d’où son slogan « seuls nos lecteurs peuvent nous acheter. » « La pandémie n’a pas affecté nos recettes parce que Mediapart n’a ni publicité, ni événementiel payant, ni papier, donc nous n’avons pas été impactés par les difficultés de la distribution », insiste sa cofondatrice Marie-Hélène Smiejan. Surfant sur la vague de l’abonnement numérique qui a profité à l’ensemble de la presse, Mediapart a passé pour la première fois la barre des 200 000 abonnés l’année dernière, avec 218 000 abonnés, soit 48 000 de plus. « Jamais nous n’aurions pensé être à plus de 200 000 abonnés aussi tôt, nous pensions que nous y serions, peut-être, après la présidentielle de 2022 », se réjouit le président de Mediapart.

L’enquête la plus génératrice d’abonnements ? L’article « Masques : les preuves d’un mensonge d’État  » publié le 2 avril 2020. « On pensait que la série publiée l’été dernier “Le Squale, opérations secrètes” sur Bernard Squarcini créerait un événement. Cela n’a pas été le cas, même si cela a conforté notre croissance, détaille Edwy Plenel. En clair, la leçon, c’est qu’une enquête rencontre un moment qui se passe dans la société. Celle sur les masques a été la première sur les mensonges du gouvernement qui continuent d’accompagner la pandémie. Il n’y a pas d’automatisme. Il y a un scoop qui rencontre une attente. »

En raison de sa bonne santé, Mediapart a augmenté d’environ un quart ses effectifs les portant à 118 personnes – dont 69 journalistes – avec 60 femmes et 58 hommes. « Notre indice d’égalité professionnelle hommes-femmes est de 99 %, insiste Marie-Hélène Smiejan. Pour nous, ce devrait être 100 %. » La hiérarchie des salaires est actuellement comprise entre 1 et 3,38, indique le site. Le média en ligne a créé un poste de responsable aux questions de genre.

La succession d’Edwy Plenel pas tranchée

Quant à la question de la succession d’Edwy Plenel, elle n’est pas encore tranchée. « Cette transition a commencé en 2018 avec le passage de témoin à la direction éditoriale de François Bonnet à Carine Fouteau et Stéphane Alliès, un tandem paritaire. La transition doit aboutir au remplacement de moi-même et de Marie-Hélène à la direction générale », indique Edwy Plenel, sans plus de précisions. Une affaire à suivre…

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