Litige Boeing-Airbus: Londres conclut un accord séparé avec Washington

Dans le litige qui oppose Boeing à Airbus, les États-Unis suspendent pour quatre mois les surtaxes douanières sur les produits britanniques. Trois questions posées sur les retombées de cet accord à Vincent Vicard, économiste au sein du Centre d’études prospectives et d’informations internationales.

RFI : Les Britanniques ont décidé de conclure un accord séparé avec les Américains dans ce conflit qui paraît d’ores-et-déjà comme le plus long en cours devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est un conflit qui dure, en effet, depuis 16 ans. Que gagnent-ils en concluant cet accord avec les États-Unis ?

Vincent Vicard : Avec le Brexit les Britanniques avaient supprimé leurs mesures de rétorsion commerciales vis-à-vis des États-Unis. Ce qu’ils gagnent aujourd’hui c’est la réciproque du côté américain sur un certain nombre de produits emblématiques, du whisky écossais au fromage Stilton. Mais pas sur tous les produits. Jusqu’à maintenant on n’a pas d’annonce que toutes les mesures de rétorsion côté américain ont été abandonnées. Et cela correspond aussi au déséquilibre initial. Les États-Unis ont mis en place les droits de douanes supplémentaires sur plus de produits que les Européens. Des rétorsions de l’ordre de 7 milliards de dollars du côté américain, et de 4 milliards du côté européen.

Qu’augure la conclusion de cet accord pour les Européens ?

Il n’y a pas vraiment de raison de penser que cela pourrait avoir un impact sur ce sujet-là entre l’administration Biden et l’Union européenne. Des possibilités de négociation existent, évidemment. Mais on ne sait pas jusqu’à quel point aujourd’hui.

En se désolidarisant de l’Union européenne sur le conflit Boeing-Airbus, Londres comptait négocier rapidement un accord de libre-échange mis en avant par le Premier ministre britannique, Boris Johnson, comme possible avantage du Brexit. Londres espérait signer ce vaste accord dès 2020, mais la pandémie et la transition du pouvoir à la Maison Blanche ont retardé les discussions. Où en est-on sur cet autre accord ?

C’est, effectivement, quelque chose qui était annoncé du côté britannique, mais beaucoup moins du côté américain. Du côté britannique les arguments qui avaient été avancés, c’était de revenir à ce qu’ils avaient appelé « Global Britain », c’est-à-dire de se tourner vers le monde. En sortant de l’Union européenne, Boris Johnson voulait signer des accords commerciaux avec d’autres grands pays, et donc avec les États-Unis. Mais du côté américain on voit bien qu’il n’y a pas de volonté à aller dans cette direction. Après son élection Joe Biden a exprimé très clairement le fait que la priorité de son administration c’était l’économie américaine. Et donc pas le fait de signer de nouveaux accords commerciaux avec qui que ce soit, y compris avec le Royaume-Uni. L’horizon de la signature d’un tel accord, qui de toutes façons prendra du temps à être négocier, n’est pas un horizon de court terme.

Leave a Reply

%d bloggers like this: