La Place de Paris, premier financier européen des énergies fossiles en 2020

La place financière parisienne est la championne européenne des énergies fossiles en 2020. C’est ce que dénoncent Reclaim Finance et plusieurs organisations internationales dans leur rapport annuel intitulé Banking of Climate Chaos, publié ce mercredi 24 mars.

Ce rapport, publié conjointement par six ONG internationales dont Reclaim Finance et la Rainforest Action Network, et soutenu par des dizaines autres, comme les Amis de la Terre France, dévoile les tendances globales en matière de financement du pétrole, du gaz et du charbon par les grandes banques internationales. Globalement, les 60 plus grandes d’entre elles ont accordé 3 800 milliards de dollars aux entreprises actives dans les secteurs du pétrole, du gaz et du charbon. Et les banques françaises sont en tête de ce peu glorieux palmarès au niveau européen, dépassant même leurs voisines britanniques.

Les voyants climat au rouge

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, les banques françaises auraient déboursé 295 milliards de dollars pour financer les énergies fossiles, révèle le rapport. « Paris se veut la capitale de la finance verte, mais les chiffres dont nous disposons montrent qu’elle est plutôt la capitale de l’hypocrisie climatique », estime Lucie Pinson, directrice et porte-parole de Reclaim Finance. Ce qui interpelle ses auteurs, c’est que six ans après la COP21, alors que les voyants concernant le climat sont au rouge, les 60 plus grandes banques du monde continuent non seulement de miser sur ces sources polluantes, mais ont aussi augmenté leurs financements. 

Les françaises en tête des banques européennes

Les banques américaines restent les plus grands financeurs des énergies fossiles, devant les banques chinoises et japonaises. Et à la quatrième place, on retrouve les banques françaises : BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole. « Seule Natixis n’a pas augmenté ses financements l’année dernière, même si elle conserve un large poids », précise Lucie Pinson. Avec près de 41 milliards de dollars accordés aux entreprises actives dans les hydrocarbures, BNP Paribas est la banque qui a le plus augmenté ses soutiens entre 2019 et 2020. 

De bonnes pratiques existent

C’est un « jour de honte » pour les banques françaises, commente Reclaim Finance. « Il n’y a pas de bons ou de mauvais élèves. Ce qui compte, ce sont les bonnes pratiques. Et les banques françaises ont d’ailleurs montré qu’elles pouvaient agir sur l’urgence climatique lorsqu’elles ont arrêté de financer toutes les entreprises qui développent de nouveaux projets dans le secteur du charbon. Il est urgent d’appliquer la même logique au pétrole et au gaz. Si de nouvelles centrales à charbon sont incompatibles avec l’urgence climatique, de nouvelles plateformes pétrolières ou de nouveaux forages dans les énergies fossiles le sont aussi », conclut Lucie Pinson. 

Un chemin reste à parcourir, disent les auteurs du rapport, pour répondre à Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, qui réclamait fin 2020 de la Place de Paris une stratégie de sortie du pétrole et du gaz.

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