Francis Ngannou: «J’aimerais beaucoup avoir ce combat contre Jon Jones»

Francis Ngannou est devenu à 34 ans le premier Africain champion du monde des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus puissante ligue d’arts martiaux mixtes (MMA) au monde. Pour RFI, le Camerounais revient sur sa victoire face à l’Américain Stipe Miocic, son envie d’affronter Jon Jones, et évoque la popularité du MMA en Afrique.

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RFI : Francis Ngannou, plus de deux jours après votre sacre de champion du monde des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), est-ce que vous avez pleinement pris conscience de ce que vous avez réalisé ?

Francis Ngannou : Non, pas encore… (Il hésite) ça fait très longtemps que j’attends ce moment et maintenant, ce moment est arrivé. Je n’ai peut-être pas pris le temps de mesurer l’ampleur de tout cela. J’ai juste un sentiment de soulagement. Je suis ravi d’y être enfin arrivé.

Durant les prochains jours, l’objectif va être de me poser, de me reposer, de communiquer un peu, de répondre à la famille, aux amis, aux médias. Le nécessaire ! Mais pour l’instant, je suis surtout soulagé et satisfait.

Face à l’Américain Stipe Miocic, qui vous avait battu en 2018, vous aviez l’air incroyablement calme et serein. Avez-vous fait une grosse préparation mentale avant ce combat ?

Pas spécialement. Mais mon parcours au cours des trois dernières années a en quelque sorte été une préparation mentale. Parce que ce que j’ai expérimenté la première fois m’a permis d’être mieux préparé la deuxième fois.

Il y a trois ans, c’était mon premier combat à ce niveau et j’avais très peu d’expérience. Je me posais des questions sur tout. Je n’avais jamais eu à gérer une telle situation. Je ne savais pas comment appréhender un combat de cette envergure, surtout avec 5 rounds.

Ce premier combat face à Stipe Miocic avait été plus ou moins organisé en « short notice » [avec un « court délai » pour se préparer pour un Ngannou qui avait combattu moins de deux mois d’avant, Ndlr].

Manque d’expérience, manque de temps, manque de tout : ça n’a pas du tout fait ressortir le meilleur de moi, même si le meilleur de moi-même à cette époque-là n’aurait peut-être pas été suffisant.

Vous avez réalisé une prestation très complète. Etait-ce important de montrer à tout le monde que vous n’êtes pas juste un bon boxeur ?

Oui, c’était très important. J’avais envie de faire comprendre aux gens que je travaille. J’ai fini mes précédents combats très rapidement, parfois dès la première minute. Je n’ai pas passé beaucoup de temps dans l’octogone pour montrer de quoi j’étais capable. Au final, j’ai toujours obtenu la victoire et j’ai toujours été satisfait.

Mais il était quand même question de démontrer, surtout face à celui qui a remis mon travail en cause, que j’avais fait des progrès, que j’avais travaillé.

J’avais cette envie ! Je ne dis pas ça pour signifier que c’est pour cela que j’ai gagné ce deuxième combat de cette manière. Si j’avais eu l’opportunité de l’arrêter au premier round ou à un autre moment du combat, je l’aurais fait. Mais son déroulement m’a permis de démontrer un petit peu certaines choses.

Depuis un an, on évoque un combat face à l’Américain Jon Jones. Un Jon Jones qui semble s’être surtout lancé, à nouveau, dans un bras-de-fer avec l’UFC. Est-ce que vous restez confiant malgré tout concernant la faisabilité de ce combat ?

Avec l’UFC, tout est possible et rien n’est impossible… Tu te dis que ça peut arriver comme tu te dis que cela peut ne pas arriver, surtout avec ce qu’il se passe entre Jon Jones et l’UFC. Il est clair qu’il y a un truc qui ne tient pas entre l’UFC et Jon Jones. Seule l’UFC sait si ce combat aura lieu. Je ne peux pas m’attarder sur cela.

À part Jon Jones, il y a bien d’autres challengers, comme Derrick Lewis par exemple. Ce serait un combat très intéressant et ce serait surtout une revanche.

Mais je ne m’attarde pas sur tout cela. J’aimerais beaucoup avoir ce combat contre Jon Jones. Mais ce n’est pas le seul. Il y a d’autres combats. Ce n’est pas le plus essentiel. Il faut avancer.

Il y a désormais trois Africains champions à l’UFC. Sentez-vous une passion grandissante en Afrique pour le MMA, grâce à vos exploits et à ceux des champions du monde nigérians Israel Adesanya et de Kamaru Usman ?

Bien entendu ! Ça fait longtemps que je sens cette passion grandissante pour les sports de combat et plus particulièrement le MMA. Ce titre de champion du monde va multiplier les choses, je pense. Ça va motiver davantage les jeunes à se lancer dans ce sport. Même ceux qui ne pratiqueront pas le MMA se passionneront pour cette discipline. Mes compatriotes ont développé un amour pour ce sport qui, il n’y a pas si longtemps, leur était encore inconnu.

Avez-vous l’impression d’être devenu un ambassadeur du Cameroun, au même titre que footballeur Samuel Eto’o ou la triple-sauteuse Françoise Mbango ?

Au même titre, je ne saurais le dire… Mais j’ai l’impression d’être devenu un ambassadeur au Cameroun. Parce que j’ai réalisé un truc qui est un rêve endormi au fond de plusieurs Camerounais. Un rêve qui avait peut-être été abandonné, à un moment.

L’UFC n’a encore jamais organisé d’événement en Afrique. Vos victoires peuvent-elles pousser l’UFC à s’investir davantage sur ce continent, sur ce marché ?

On ne peut que demander à explorer ce terrain, ses possibilités, essayer de trouver une solution à ça. Il y a deux ans, je parlais de ça et ils étaient peu réceptifs. Mais on en parle UsmanAdesanya, et moi, chacun à notre tour. Aujourd’hui, on essaie de parler d’une voix. Je pense que le faire, ce serait une évidence.

L’UFC est basée aux États-Unis et il y a très peu de représentants africains dans cette ligue. Je ne sais même pas s’il y a 20 combattants africains au sein d’une organisation qui en compte plus de 600. Or, il y a déjà trois catégories de poids [sur huit chez les hommes, Ndlr] qui ont été conquises par cette infime minorité de combattants africains.

Je pense que c’est un facteur important qu’il faut pointer du doigt parce que l’Afrique est une terre de sports de combats, une pépinière pour les sports de combats.

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