Eric Dupond-Moretti veut que des procès soient diffusés à la télévision

Le ministre de la justice a déjà entamé des discussions avec la présidente de France Télévisons.

Diffuser des procès à la télévision? C’est l’une des dispositions envisagées par Eric Dupond-Moretti dans le cadre de sa grande réforme visant à restaurer la confiance des citoyens dans la justice. Mercredi matin sur France Inter, le garde des Sceaux a indiqué qu’il souhaitait, dans une double optique de transparence et de pédagogie, montrer la justice sur le petit écran dans toute sa diversité: procédures pénales, divorces, comparutions immédiates… «Les Français ne connaissent pas la justice», a justifié Eric Dupond-Moretti.

La diffusion de ces procès interviendra uniquement «lorsque les affaires seront définitivement jugées. Je ne veux pas d’interférences entre le vrai procès et le procès médiatique», a indiqué le ministre de la justice. «Il y aura ensuite des explications pédagogiques fournies par un magistrat ou un avocat qui ne sont pas sur l’affaire pour faire comprendre aux Français ce qu’ils viennent de voir et ce qu’ils viennent d’entendre», a détaillé le ministre de la justice.

Il ne s’agit pas de verser dans le trash, le sensationnalisme. L’idée est de prendre les citoyens qui le souhaitent par la main pour les conduire dans la salle où se déroulent les procès et leur montrer comment ça marche.

Eric Dupond-Moretti

«Il ne s’agit pas de verser dans le trash, le sensationnalisme. L’idée est de prendre les citoyens qui le souhaitent par la main pour les conduire dans la salle où se déroulent les procès et leur montrer comment ça marche», a indiqué l’ancien avocat, dans un entretien au Point, mardi. Les enregistrements, pour lesquels la Chancellerie devra donner son accord, pourront ensuite être diffusés «à la télévision, sur le service public. J’ai eu un certain nombre de contacts avec Madame Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions», a confié Eric Dupond-Moretti à la radio.

Floutage et droit à l’oubli

Si en France, les audiences sont publiques, leur captation est interdite. Mais depuis la loi Badinter de 1985, il est toutefois possible, à titre exceptionnel, de filmer certains procès à condition qu’ils présentent un intérêt historique. À l’image du récent procès des attentats de janvier 2015, de celui de Maurice Papon ou encore, dans un autre registre, des audiences concernant la catastrophe AZF.

Même si le garde des Sceaux promet un «droit à l’oubli» et un «respect des victimes» grâce notamment à l’usage du floutage, la captation audiovisuelle de certains procès soulève toutefois des inquiétudes. Dans les colonnes du Point, Béatrice Brugère, du syndicat Unité Magistrats, redoute ainsi une «américanisation» de la justice. Quid de la présomption d’innocence? De la sécurité des témoins et des enquêteurs?, interroge la syndicaliste, avant d’ironiser: «La justice spectacle est en marche alors que nous manquons cruellement d’ordinateurs ».

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