„Avec le retour de Federer, on a envie de rencontrer à nouveau l’exceptionnel“

Ancien adversaire de Roger Federer, qu’il a privé de bronze olympique en l’an 2000 à Sydney, Arnaud Di Pasquale se penche sur la carrière et sur le retour au jeu du Bâlois, cette semaine à Doha. Avec confiance et envie.

Ex-No 38 ATP, Arnaud Di Pasquale connaît très bien Roger Federer. De deux ans l’aîné du „Maître“, le Français l’a côtoyé de près. Il l’a d’abord vu percer chez les jeunes, puis arriver sur le circuit. Il a ensuite suivi son évolution et son arrivée à maturité. Puis ses triomphes. Après lui avoir soufflé le bronze olympique en l’an 2000 à Sydney, „DiP“ s’est incliné par deux fois face au Bâlois, à Melbourne puis à Monte-Carlo en 2001. Il l’a ensuite vu accélérer et se poser pour de bon sur le toit du jeu. Et ce sans aucune jalousie ni envie. Juste avec les yeux de Chimène et une totale admiration, qu’il confie plus bas. Directeur technique national du tennis français (DTN) entre 2013 et 2017, le lauréat du tournoi de Palerme 1999 est désormais un consultant connu et reconnu, pour Eurosport notamment. Ses interventions, toujours pertinentes, s’invitent ici pour évoquer le retour au jeu de Roger Federer (bientôt 40 printemps), prévu ce mercredi à Doha.

RTSsport.ch:Même s’il n’y aura pas de public ni de médias à Doha, on sent l’excitation monter autour de ce retour au jeu après 14 mois d’absence. Pour vous aussi?

ARNAUD DI PASQUALE: Oui, clairement. Tous les gens qui aiment le tennis et tous les gens qui aiment le beau jeu veulent revoir Roger Federer. C’est logique. Parce qu’on a beau dire ce que l’on veut, vouloir comparer les palmarès, il y a un fait inéluctable: Federer est celui qui a fait la plus belle promotion pour le tennis à travers l’histoire. Il y a eu Michael Jordan pour la NBA, il y a Roger Federer pour le tennis. Le Bâlois a fait exploser toutes les barrières. Son aura et son élégance sont incroyables. Cela dépasse toutes les frontières, tous les cadres. 

On a beau dire ce que l’on veut, vouloir comparer les palmarès, il y a un fait inéluctable: Federer est celui qui a fait la plus belle promotion pour le tennis à travers l’histoire

RTSsport.ch: A quoi vous attendez-vous cette semaine?

ARNAUD DI PASQUALE: Je n’arrive pas vraiment à la définir, mais il y a clairement une attente de ma part, oui. Parce que moi, ce qui m’éclate avec Roger Federer, c’est que depuis 20 ans on l’a toujours vu revenir, se renouveler, se réinventer. Et ce bien qu’il ait aussi connu des bas, des coups de moins bien. A chaque fois, c’est fantastique. Souvenez-vous de ce qu’il a fait en 2017! Non, Roger n’est définitivement pas comme nous. Alors avec ce retour, on a encore envie de rencontrer l’exceptionnel, de retrouver les sensations qu’il nous procure à chaque sortie. Federer fait partie de ces athlètes qu’on aimerait ne jamais voir partir. On le voudrait immortel, mais on sait bien qu’un jour il s’en ira. On avait déjà eu des sentiments curieux aux retraites de Sampras ou d’Agassi. Mais Federer est d’une tout autre dimension. Alors on ne peut que se réjouir de le voir revenir.

RTSsport.ch: Personne ne sait vraiment quel est son niveau aujourd’hui, quelles sont ses sensations…

ARNAUD DI PASQUALE: Non, c’est certain. Et lui non plus ne peut pas vraiment se situer après des opérations et une longue absence. Mais j’ai personnellement la conviction qu’il va encore réaliser de belles choses, peut-être même un exploit. Alors bien sûr, ce ne sera pas gagner 4 titres du Grand Chelem, mais je crois vraiment que s’il est bien physiquement, avec son audace et son courage, il peut jouer tout devant. Et je ne parle pas là de briller dans des tournois ATP 250! Gagner quelque chose de grand en 2021 ou après serait la plus belle manière de marquer encore un peu plus l’histoire.

J’ai personnellement la conviction qu’il va encore réaliser de belles choses, peut-être même un exploit

RTSsport.ch: Ses détracteurs se plaisent à dire qu’il est fini et qu’avec ce retour dans l’inconnu, il va entacher sa fin de carrière!

ARNAUD DI PASQUALE: Franchement, on ne peut pas dire des choses pareilles. Quoi qu’il fasse, même s’il se plante, rien ne peut entacher sa carrière. Même s’il devait perdre tous ses matches, rien ne changerait ce qu’il a accompli. C’est légendaire. De toute façon, ça n’arrivera pas. Si Federer revient, c’est qu’il a toujours l’envie, toujours ce feu qui brûle en lui. Rien que cela, c’est remarquable. Et je ne crois pas une seule seconde que son retour n’est que contractuel. „Rodg“ est simplement un amoureux du tennis. Il a envie d’être là, de relever ce challenge fabuleux que constitue un retour à près de 40 ans. Et nous on veut le voir gagner.

RTSsport.ch: Vous le voyez vraiment revenir très haut, très fort?

ARNAUD DI PASQUALE: Il y a forcément un doute quant à ce qu’il peut réaliser. Tout le monde l’a et j’imagine que lui aussi. Mais c’est également dans la gestion des doutes, de la pression et des incertitudes que Federer a si souvent été grand. Il a un caractère de fou, une grosse force de travail. Il a toujours su trouver des parades pour faire face aux éventuels obstacles. Pourquoi ne serait-ce pas le cas encore aujourd’hui?

Federer a toujours su trouver des parades pour faire face aux éventuels obstacles. Pourquoi ne serait-ce pas le cas encore aujourd’hui?

RTSsport.ch: A Wimbledon, si possible!

ARNAUD DI PASQUALE: Oh oui, je crois bien qu’il a cela en tête. Roger sait qu’il peut encore „voler“ sur cette surface. Avec lui, tout peut se passer. Mais il va d’abord vivre ce retour au jour le jour, évaluer petit à petit sa progression. Je crois que si le physique suit et qu’il lui permet d’engranger la confiance nécessaire, il sera très dangereux pour les autres.

RTSsport.ch: Mais il arrive dans un tennis qu’il ne connaît paradoxalement pas; sans spectateur(s), ou si peu, dans des conditions très différentes, ce qui peut être compliqué pour qui lui aime tant se nourrir du public, des émotions, etc.

ARNAUD DI PASQUALE: Vous avez raison et il est clair qu’un retour dans de telles conditions n’aura rien d’évident, peut-être encore davantage pour un athlète qui est comme lui en fin de carrière. Je peux imaginer que Roger souhaiterait sans doute s’abreuver de l’énergie des spectateurs, partager ses émotions, comme vous le dites… Là, honnêtement, c’est sinistre. Il y a un vide d’émotion, un vide d’ambiance. Bref, il n’y a pas de moteur. Mais qui sait, peut-être que pour ce retour à Doha, Federer appréciera ce contexte qui lui enlève un peu de pression…

„Je suis tellement admiratif de Federer!“

Honnêtement, je suis tellement admiratif de ce que Roger Federer a réalisé, confie Arnaud Di Pasquale. Il faut bien se dire que c’est complètement hallucinant. Avoir une telle motivation, une telle détermination après tout ce qu’il a déjà gagné et alors qu’il a une grande famille, c’est dingue. Et puis surtout, on sait ce que cela coûte, ce que cela demande d’évoluer pendant tant de temps à un tel niveau.“ Pour lui qui a battu le Bâlois en match pour la médaille de bronze aux JO de Sydney en l’an 2000, cette longévité est époustouflante: „On ne peut que regarder cela avec les yeux ébaubis. Parce que derrière, on ne voit que la beauté de cette vie d’athlète, mais il y a tellement de contraintes…! Il fait preuve d’une telle abnégation et d’une telle envie pour ajouter à son talent fou – sans doute le plus grand de l’histoire du jeu – une telle éthique de travail, une telle force pour faire fructifier ce talent…“

Pas question de l’enterrer!

Bien que personne ne sache où en est physiquement Federer, il n’est pas question aujourd’hui d’enterrer „l’animal“. „Roger est le plus grand joueur de l’histoire, le joueur le plus incroyable et avec lui tout peut arriver„, répète ainsi Tim Henman, ancien No 2 ATP. Pourtant, au vu de la configuration actuelle du circuit ATP, à nouveau vampirisé par Novak Djokovic, toujours capable d’être dominé par moments par Rafael Nadal, et désormais marqué par quelques jeunes hommes assez bons en Masters 1000 mais pas assez en Grand Chelem (exception faite de Dominic Thiem), il apparaît certain que la tâche du Bâlois sera complexe. Et ce déjà à Doha.

Le physique, élément-clé

Le physique est très certainement la clé de l’histoire pour Roger Federer, la clé de cet ultime retour – à moins que ce ne soit un retour ultime? Si celui-ci suit, rien n’est à exclure, sachant que pour un tel champion, le tennis – comme le vélo pour d’autres – ne s’oublie pas. Mais il faut bien relever qu’il n’y a rien de comparable avec ce qui s’était passé entre 2016 et 2017. A l’époque en effet, „RF“ avait pu s’entretenir physiquement avec le mythique Pierre Paganini durant sa convalescence. Alors que l’a, comme l’a confessé le préparateur physique, le champion a perdu beaucoup de masse musculaire et a dû effectuer une autre rééducation, d’autres exercices. Sa reconstruction a donc dû s’opérer à plusieurs niveaux. Autant dire que le pari n’est pas gagné .Pas encore, en tout cas.

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